Le quotidien imparfait d’une mère monoparentale entrepreneure
- Melissa Daigle

- 15 mars
- 6 min de lecture
J’ai longtemps hésité avant d’écrire ce texte.
Pas parce que je ne savais pas quoi dire, mais parce que je ne savais pas comment le dire.
Être maman monoparentale, entrepreneur, gérer des cliniques, mon domicile, un enfant… ce n’est pas toujours simple.
Aujourd’hui, j’ai décidé de partager un petit morceau de notre quotidien, celui qu’on ne voit pas toujours sur les réseaux, parce que si on regarde mon Instagram, notre vie a l'air tellement parfaite .
Peut-être que certaines mamans vont s’y reconnaître. Je l'espère, je suis encore un peu angoissé à l'idée d'écrire et partager mes mots.
Un samedi comme les autres… ou presque
Travailler un samedi, chez moi, c’est normal.
Mais ce samedi-là, ma belle Emma décide d’ouvrir un magasin dans une des pièces libres de la clinique. Elle vend ses vêtements usagés, et même des trucs que j'ai récemment acheté à ma grande surprise .
Deux heures plus tard, son amie arrive… et devient co-propriétaire officielle de la boutique. HAHAHA .
Deux petites entrepreneures de 10 ans, très sérieuses dans leur projet.
Pendant ce temps-là, moi je travaille , j'ai plusieurs soins à mon agenda .
Et à un moment donné, j’entends dans le corridor :
« Madame, vous voulez acheter un chandail ? Il est seulement 2 $. »
Des affiches un peu partout dans mon accueil : MAGASIN CHEZ SLOWY .
Je réalise que ma clinique est devenue un centre commercial improvisé. Je ne sais pas si je devais être fière ou gênée, ou juste changer le nom de mon commerce par LES GALERIES BEAUTÉ ÉMERAUDE ?
Toujours courir après le temps
Je termine à 12h45.
Emma a son cours de crochet à 13h à Moisie. Tout est proche à Sept-Îles, mais en Googlant ce matin-là pour voir c'était où environ, je me suis rendu compte que Moisie c'était loin .
On est déjà en retard… avant même d’avoir quitté la clinique.
Et évidemment, ma dernière cliente arrive en retard.
Donc on est encore plus en retard.
Je pense que toutes les mamans connaissent ce moment-là :
Tu regardes l’heure, ton enfant, ton agenda…
Et tu sais déjà que tu vas courir toute la journée.
Être mère… et être entrepreneur
Ce n’est pas toujours facile.
J’ai des engagements envers mes clientes. J’ai une base de clientèle à bâtir et à entretenir chaque semaine.
Mais j’ai aussi mes engagements en tant que maman, pour que ma fille s’épanouisse.
Pas le choix de travailler les samedis.
Mais en même temps, il faut être divertissante pour son enfant, parce que les fins de semaine il n’y a pas d’école.
Donc parfois, les deux mondes se rencontrent.
Une cliente dans une salle. Deux petites filles qui ouvrent une boutique dans l’autre.
Et moi qui essaie de garder un minimum de contrôle sur la situation.
Le fameux temps « libre »
Pendant son cours de crochet, je prends trois heures pour faire mes rapports de taxes.
J’ai envie de dormir. Une petite sieste d’après-midi comme dans le temps, ça serait tellement tentant.
Mais je me rends vite à l’évidence :
Si j’avance mes choses plates aujourd’hui, ce sera du vrai temps libre qu’on pourra avoir ensemble demain.
Donc, pas de sieste… même si juste l’idée m’a fait du bien pendant quelques minutes.
Finalement, c’était simplement moi, mes deux ordinateurs, des chiffres, des factures à retrouver puis à trier et un café qui refroidit parce que je l’oublie toujours.
Le seul soir de congé… qui n’en est pas un
Je travaille un soir sur deux en semaine.
Donc le seul soir où je suis à la maison, c’est souvent comme ça :
faire le souper du soir, préparer d'avance le souper du lendemain, préparer quatre lunchs, gérer les devoirs, penser aux bains, penser au ménage.
Tout ça en arrivant à la maison vers 17h.
Et pendant ce temps-là, j’ai mes clientes qui m’écrivent :
« ????? »
Parce que je n’ai pas répondu après 17h ce jour-là.
Parfois, je lis les messages, mais je m’oblige à ne pas y répondre immédiatement. J’essaie de faire le suivi pendant mes heures de travail afin de préserver un peu de temps pour ma vie personnelle. J’espère que vous comprendrez.
Même les messages de mes amies, souvent je m’oblige à y répondre pendant mes heures de travail, pour essayer d’être plus présente pour Emma quand je suis à la maison, mais elles le savent, que j'ai un délais de réponse de 48h HAHAHA.
La solitude qu’on partage souvent
Je sais que je ne suis pas la seule.
Depuis que je suis à Sept-Îles, j’ai discuté avec tellement de femmes pendant mes soins.
Des maris qui travaillent dans les mines. Des conjoints sur les chiffres. Des conjoints de nuit.
Et beaucoup de mamans qui se retrouvent seules à gérer le quotidien avec les enfants.
Alors si tu lis ça et que tu te reconnais… Sache que tu n’es pas seule à te sentir seule.
Et chapeau à celles qui ont plus qu’un enfant. HAHAHA .
Les petits moments qu’on manque
On lui a offert des jeux de société à Noël.
On est en mars, et je n’ai même pas encore trouvé le temps pour y jouer.
Parce que j’essaie de répondre aux messages rapidement, de gérer les rendez-vous , les agendas des cliniques, les stocks, les formations pour rester à jour.
J’essaie tellement d’être parfaite pour mes clientes…
Que parfois j’ai l’impression de laisser glisser un peu notre relation mère-fille.
Et ça me fait mal d’y penser. Parce que devenir monoparentale…
ça a été un choc pour moi aussi.
Parfois, dans le silence de la maison le soir, je me demande si je fais les bonnes choses.
Mais une chose est certaine :
tout ce que je fais, je le fais pour elle au final, alors ça m'apporte un peu de consolation.
Le fameux Kraft Dinner
L’autre fois, j’étais tellement fatiguée et ailleurs mentalement, que je les ai laissées se faire à souper, elle et son amie.
Un Kraft Dinner.
Complètement noyé dans l’eau, parce qu’elles ont mis tous les ingrédients en même temps dans le chaudron.
Je l’ai appris après qu’elles l’aient mangé.
Elles savaient que j’étais ailleurs dans ma tête ce soir-là.
Elles sont tellement chou à leur âge. Tellement conscientes de la réalité.
Malgré leur air de mini-bitch de préadolescence.
Elles sont profondément gentilles, on les aime tellement.
Une chose importante
Je veux préciser quelque chose.
Je n’écris pas ce texte pour obtenir de la pitié, écrire m'apporte un effet libérateur à ma surcharge mentale.
Chaque femme, chaque maman vit des défis différents.
Certaines vivent des réalités beaucoup plus difficiles que la mienne.
Si j’écris ces textes, c’est simplement parce que j’essaie de retrouver des femmes qui vivent des réalités similaires.
Des mamans qui, parfois, se sentent un peu seules dans leur quotidien.
Si ce texte peut permettre à certaines d’entre nous de se reconnaître, d’échanger des idées, des trucs ou simplement de se dire :
« Moi aussi je vis ça. » Alors il aura déjà servi à quelque chose.
Les petits luxes du quotidien
Avant, je me considérais comme une super bonne mère organisée.
Quand Emma arrivait le vendredi après l’école, tout était déjà planifié.
Chaque week-end ensemble était incroyable.
À ce moment-là, je l’avais une semaine sur deux, alors quand elle arrivait, j’étais prête. Le lundi j’étais off. Je faisais tous les repas de la semaine. J’avais mes soirs libres pour jouer avec elle et faire des activités.
Aujourd’hui, notre réalité est différente.
Elle est avec moi tout le temps, et j’aime profondément partager tout ce quotidien avec elle.
Mais je suis encore en train de réorganiser notre rythme, nos routines et notre nouvelle vie de girls à Sept-Îles .
Et c’est drôle comme certaines petites choses qu’on ne remarquait même pas avant…comme avoir une soirée tranquille pour préparer la semaine ou avancer les repas…
on réalise après coup à quel point c’était un petit luxe.
Pour terminer
Si tu es une maman et que tu lis ça…
sache que tu fais probablement beaucoup mieux que tu le penses.
On essaie toutes de faire la même chose.
Donner le meilleur de nous-mêmes à nos enfants…même quand la vie est imparfaite.
Et vous ?
J’aimerais vous poser quelques questions.
Quels sont vos petits luxes du quotidien ?Ceux que vous remercieriez la vie d’avoir.
Et j’en ajoute une autre :
C’est quoi votre petite victoire de maman cette semaine, même si personne ne l’a remarquée ?
Parce qu’on en a toutes.
Même si on pense ne pas en avoir.
Prenez un moment pour y penser.
Juste pour se rappeler ensemble nos petites victoires de tous les jours. 💓
Melissa D.



